L'Islam en Guinée : Fouta-Djallon ( III ).

IV
Touba
.

L'installation de Karam Ba au point où devait s'élever Touba date de 1815 environ. Sept ans plus tard, soit vers 1822, il construisait une superbe mosquée qui a tenu pendant tout le dix neuvième siècle.
Ce nom de Touba est une réminiscence d'Islam.
Touba est le nom d'un arbre du Paradis dont l'ombre est si vaste qu'un cavalier au galop met cinq cents ans pour en franchir les limites. Dans les Orientales, Victor Hugo y fait allusion, et cette illustre mention a rendu populaire cette poétique image dans notre littérature.
Touba, suivant le Coran, est le séjour de la béatitude pour ceux qui croient, et ont été vertueux. Il est naturel qu'un pieux marabout donne ce nom béni à son village, et fasse ainsi espérer à ses disciples, qu'après avoir habité le Touba de la terre, ils ne manqueront pas d'être appelés au Touba du Ciel.
C'est pourquoi les agglomérations de ce nom abondent en Afrique Occidentale.
Le Touba des Diakanké s'étend sur les rives de la Komba, ou vallée supérieure du Rio-Grande, à peu près à mi-chemin entre Labé et Kadé. Il fait partie aujourd'hui du cercle de Koumbia. Le poste administratif qui y fut établi une dizaine d'années (1902- 1912), a été supprimé.
Au temps de sa splendeur, et alors que l'enseignement de
Karamoko Qoutoubo y brillait de tout son éclat, Touba a compté plusieurs milliers de cases et 7.000 habitants environ. Cette prospérité s'était conservée jusqu'en 1908. A cette date la libération des captifs a fait perdre à la ville la moitié de sa population, soit par la dispersion des captifs eux-mêmes et de leurs familles, soit parce que les maîtres ont dû se répandre dans les hameaux environnants pour se mettre eux-mêmes à la culture, ou sont partis commercer et chercher fortune à travers les Guinées [portugaise, française et anglaise]. Touba ne paraît pas renfermer actuellement plus de trois mille habitants. Les petites cases rondes diakanké se sont encore resserrées, suivant les usages du peuple, et un vaste espace désert d'un kilomètre s'étend aujourd'hui entre l'agglomération et l'ancien poste administratif. A l'intérieur même de la ville, plusieurs emplacements sont encore inoccupés.
La
rivale de Kankan et de Conakry est bien déchue.
L'arrestation de Karamoko Sankoun lui a porté un dernier coup. Un grand nombre de talibés, venus de l'extérieur, sont repartis chez eux, fuyant ce centre sur lequel s'appesantissaient les rigueurs de l'administration.
Les Toubakayes sont tous diakanké et appartiennent en très grande majorité au
clan des Gassama, dont Karam Ba, l'ancêtre, et ses clients et serviteurs faisaient partie.
La mosquée de Touba compte parmi les plus grandes et les plus célèbres du Fouta. Construite vers 1822 par Karam Ba, restaurée, un demi-siècle plus tard, par Karamoko Qoutoubo, elle paraît aujourd'hui quelque peu fatiguée et aurait besoin d'être sérieusement retouchée. Au contraire des mosquées du Fouta qui sont généralement circulaires, elle est rectangulaire avec des angles légèrement arrondis. La toiture est en paille comme partout ailleurs. Les volants de chaume descendent très bas et recouvrent une véranda qui abrite les tombeaux des deux premiers ancêtres, Karam Ba et Karamoko Tassilimou.
On a construit à côté de la mosquée une petite case circulaire, mausolée qui renferma la tombe du grand
Karamoko Qoutoubo. Elle se signale par un léger exhaussement de sable, surmontant la dalle de mortier. Ces tombes ne sont d'ailleurs l'objet d'aucune vénération particulière. On n'y vient pas en pèlerinage. On n'y fait aucun sacrifice. Les Diakanké ne diffèrent point en cela des autres noirs, et s'ils honorent la mémoire de leurs saints, ce n'est que dans leurs discours. Leur tombe, quand elle est connue, n'est l'objet d'aucune manifestation cultuelle.
L'université de Touba a suivi la décadence de la ville. Ils sont loin les temps où les Toubakayes s'enorgueillissaient de compter dans leurs murs 25 professeurs éminents et plus de 300 étudiants venus de tous les points de la Guinée et de la Casamance.
Aujourd'hui, si l'instruction coranique, qui s'adresse aux enfants de la ville, y est toujours en honneur, I'enseignement supérieur y est fortement tombé. Les fils des riches et des marabouts, qui autrefois consacraient leur jeunesse et leur adolescence aux études, sont contraints de se mettre de très bonne heure au travail de la terre ou au commerce. La grande majorité ne dépasse guère la lecture du Coran. On ne compte guère qu'une quarantaine de jeunes gens qui, le Coran achevé, étudient le droit, la théologie ou la grammaire. Sur ce nombre une vingtaine sont des Diakanké de la ville; les autres sont soit des Mandingues originaires des provinces les plus diverses de la Guinée portugaise de la Casamance, et du Sénégal: Vohi, Pakao, Combo, Niom, Rip, Niani, etc., soit des Malinké de la Haute-Guinée : Baté, Oulada, etc., soit des Landouman de la région côtière.
Ces jeunes gens, qui s'échelonnent entre vingt et trente ans, poussent leurs études jusqu'aux limites de leur courage, qui n'est pas grand, reçoivent de leur maître l'affiliation qadria et s'en retournent chez eux pour ouvrir aussitôt une école coranique, et tenir boutique d'amulettes. Ils bénéficient du prestige de l'inconnu, du mystère d'études lointaines et prolongées et de la popularité d'une initiation vénérée. Leur instruction est en somme rudimentaire, et malgré les dix, douze, quinze ans de scolarité, et les innombrables heures passées sur les auteurs arabes, ils ne comprennent guère ce qu'ils lisent, et sont incapables de s'exprimer d'une façon un peu suivie et en arabe élémentaire.
Les maîtres sont les descendants de
Karam Ba qui, comme tous les Diakanké, sont marabouts et professeurs, quand ils ne sont pas dioula.
Le plus savant et le plus populaire entre eux,
Karamoko Sankoun, fait défaut à l'université de Touba, et elle n'a quelque chance de recouvrer une partie de son ancien éclat que si ce marabout est appelé à rentrer dans ses foyers.
Le principe de l'enseignement est gratuit, mais il est évident que Toubakayes comme étrangers doivent entretenir maîtres et élèves. Les étudiants étrangers notamment reçoivent chaque année de leurs familles des subventions en nature, et y font participer leurs maîtres. A la fin des études, ils reconnaissent leurs bons soins en leur versant un cadeau très important et la plupart du temps une somme d'argent. Au cours des études, suivant l'usage général, ils travaillent aux champs de leurs maîtres; ici, dans ce milieu plus spécialement commercial, certains vont même jusqu'à les accompagner dans leurs pérégrinations de dioula.
La bibliothèque de la famille de
Karamoko Qoutoubo comprend 2 à 300 ouvrages et s'entasse dans une douzaine de caisses. Elle était plus nombreuse autrefois, atteignant 500 volumes, disent les lettrés. Mais les termites font leur oeuvre de destruction; et comme depuis l'internement de Sankoun, on n'en prend guère soin et qu'au surplus on n'achète plus de livres, elle se réduit tous les jours.
Ces ouvrages sont les livres classiques des études islamiques. Il n'y en a aucun qui mérite de retenir l'attention. Ce sont ou des copies manuscrites des auteurs sahariens (Kounta, Oulad Biri) dont les gens de Touba relèvent spirituellement, ou des volumes édités en Egypte et en Orient et qui ont été achetés aux boutiquiers marocains et syriens.
La véritable caractéristique du groupement diakanké de Touba, c'est
son attachement à la confrérie qadrïa. C'est leur marque de fabrique, leur bien propre. Dans une région où à peu près tous les foula musulmans sont tidianes, ici Qaderisme est devenu le signe distinctif auquel on reconnaissait les Diakanké, et auquel ils se reconnaissaient eux-mêmes. Ici encore se vérifie cette loi (!!) des pays noirs que le groupement ethnique cadre avec la chapelle religieuse.
C'est au Qaderisme des Kounta de Tombouctou que, par les Sidia, se rattache ce rameau guinéen. Il suffit de dire ici que
Qoutoubo fut le disciple de son père Tassilimou et que celui-ci, au cours d'un voyage dans le Sahara, reçut successivement le wird de Cheik Abd El-Latif le Kounti et du cheikh Mohammed Khalifa des Oulad Biri. Mohammed Khalifa était le disciple de son père Sidïa Al-Kabir, lequel se rattache définitivement aux Kounta par Mohammed Khalifa le Kounti mort en 1825, et par son père, le grand cheikh Sidi Al-Mokhtar, mort en 1811.
L'instruction, très répandue, sinon élevée, dans le milieu de Touba, n'emprunte pas uniquement la langue arabe. Les Diakanké usent volontiers de leur dialecte maternel pour paraphraser et expliquer les livres saints.
Les prônes du vendredi se font très souvent en diakanké. Cette langue est considérée par eux, sinon comme la langue sacrée par excellence qui est l'arabe, tout au moins comme jouissant d'une place d'honneur dans le parvis du sanctuaire.Ils reconnaissent d'ailleurs cette même qualité au poul-poulle [Pular], tandis que les Foula ne veulent pas la reconnaître au diakanké, et placent cet idiome au rang des langues bambara, c'est-à-dire profanes.
Le commerce des amulettes, talismans et gris-gris de toute nature est très florissant à Touba. L'enseignement des recettes magiques tient une large place dans les cours qu'on y professe et dans les bagages scientifiques que les étudiants de l'extérieur y viennent quérir. Les plus lettrés et les plus saints ne font nullement fi de cette source de revenus.
Karamoko Qoutoubo passait de son vivant pour un grand médecin et pour un magicien puissant; ses fils ont continué la tradition, et depuis le départ de Karamoko Sankoun, ses frères Karamoko Madi et Karamoko Oualo ont pris la succession.
Il ne faudrait pas croire que l'influence exercée sur leurs ressortissants par le chef ou les dirigeants spirituels de la Zaouïa de Touba soit une sorte d'autorité absolue, ne se heurtant à aucune contradiction. Il arrive que des Karamoko notoires, riches et ambitieux, refusent de reconnaître ce joug moral. C'est le cas de la famille de Ba Gassama, volontiers frondeuse à l'égard des fils de Qoutoubo.
Mais le plus souvent c'est de l'apathie de la masse que se plaignent les marabouts dirigeants. Un exemple fera bien saisir la nature et les limites de leur autorité. En
1904, Karamoko Qoutoubo, alors dans tout le prestige de sa sainteté et de son âge, essaya pendant plusieurs mois, mais en vain, de faire nettoyer la ville, remplie d'immondices et sur laquelle s'était abattue une grave épidémie. A toutes ces objurgations les fidèles répondaient par des promesses qui n'étaient suivies d'aucun effet. A la fin, craignant les foudres de l'autorité [française], il se décida un matin à se transporter à l'entrée du village, suivi de deux fidèles talibés, et se mit à creuser lui-même la terre. De toutes parts on accourt; on à ses pieds, on implore son pardon. On le ramène chez lui en triomphe, tandis que deux cents jeunes gens s'attellent avec fougue à la besogne, et en trois jours font de la ville le modèle des cités bien entretenues.
La conclusion de l'aventure, c'est que l'épidémie ne tarda pas à disparaître et que le mérite en fut attribué à la
baraka du saint Qoutoubo, qui récompensait ainsi le zèle et l'obéissance de ses talibés.

V
Le rayonnement de Touba

Les Diakanké sont tous plus ou moins dioula. On les rencontre individuellement ou par petits groupes sur toutes les pistes de Guinée.
Ils sont en outre des cultivateurs très adroits, et leurs champs de mil, de coton, de sésame, de fonio, de gombo, d'arachides sont classés parmi les plus beaux et les mieux entretenus. Ils ont donc besoin de s'assurer des débouchés, et ils n'hésitent pas à porter eux-mêmes leurs produits à la côte de Ziguinchor, à Freetown, etc.
C'est par ce colportage et par le prosélytisme qui l'accompagne toujours peu ou prou, plutôt plus que moins d'ailleurs, car les Diakanké sont des musulmans très ardents, que leur influence s'est étendue en divers points de la Guinée.
Les colonies diakanké. Il y a d'abord lieu de signaler les petits groupements diakanké qui ont essaimé des deux Touba, et se développent aujourd'hui d'une façon autonome.
Les principales de ces colonies, dont quelques-unes atteignent plusieurs centaines d'habitants sont :

  • dans le cercle de Koumbia: Toubandé (le petit Touba), à deux heures de la métropole, sur la route de Donguidabhe-Labé, bourg im portant où se juxtaposent comme dans tous les centres diakanké le village des maîtres, et le village « Liberté », ou agglomération des anciens clients et captifs. Les principaux de ces villages « Liberté » sont:

    • Foumbouya

    • Bako

    • Hérémakono

    • Béréto

    • Dendé

    • Youmbi,

    • Bendou, etc.

  • Dans le même cercle résidence de Kadé, le Karan Sidafa, né vers 1875 Mamadou, né vers 1880 Ciré Modi, né vers 1870 Chekou, né vers 1862, les deux premiers de la famille Gassama, établis à Gallé Kadé, les deux autres de la famille Touré, établis à Goumbambélé, tous élèves de Karamoko Dembo de Touba, et disciples de Karamoko Mattar, petit-fils de Karam Ba, qui vint s'installer à Kadé il y a une vingtaine d'années, y professa et y est mort en 1912. Il est enterré à Gallé-Kadé.

  • Dans le Labé: Touba Koto, Fétoyembi et Soumma. A Soumma une personnalité importante se dégage: Karamoko Alfa, chef du district, né vers 1870 et fils de Fodé Yirimakhan. Les Diakanké de Soumma sont très versés dans les choses religieuses, et c'est au titre de premier marabout du village que Karamoko Alfa a été élevé par eux à la dignité de chef en 1906. L'ancien chef du Labé, Alfa Alimou, avait une considération particulière pour lui, le consultait pour les cas juridiques et portait toujours sur sa poitrine un grigri de Karamoko Alfa. Son prestige lui a permis de conserver dans ses marga une grande partie de ses captifs.
    Il a un disciple de quelque valeur à Fétoyembi: Karamoko Sori, né vers 1860, de la famille des Diakhabi, chef de son village et marabout aisé. Il possède une petite bibliothèque dont il est très fier.

  • Dans le Mali: Kélembo et Médina-Kouta.

  • Dans le Koïn: Késsébé et Kéléla.

  • Dans le Kolladhe: Diga.

Dans tous ces villages, il semblerait que les antiques liens qui unissaient maîtres à captifs et que nous [les Français] avons, rompus non sans brutalité, tendent à se renouer, mais cette fois-ci sous la forme religieuse. Les marabouts diakanké, qui avaient d'abord fait l'opposition la plus vive et la moins déguisée au départ de leurs captifs, ont changé de tactique devant l'inutilité de leurs efforts. Ils font maintenant de l'apostolat dans les villages de liberté, distribuent largement aux enfants d'affranchis une instruction coranique qu'ils refusaient hier, sèment la bonne parole, confèrent des affiliations à leur Voie. Et l'on peut constater que l'ex-captif se transforme en client religieux et reprend le chemin de la case de son maître pour lui porter des présents. Ce n'est plus au patron qu'il obéit, c'est au Karamoko qu'il rend hommage.
Rappelons en outre pour mémoire les petits groupements, fondés en Casamance depuis un quart de siècle, par les fils et les neveux de Karamoko Qoutoubo.

Les groupements qadria dépendant de Touba. — Ces groupements ne comprennent qu'une minorité de Diakanké et souvent n'en comprennent pas du tout. Ce sont des filiales spirituelles de Touba.

  • A Bissikrima (cercle de Dinguiraye), le groupement malinké des descendants de Dioubba Almamy. Ce Dioubba était un Sarakollé du Diafounou, venu s'installer dans la région de Bissikrima au commencement du dix-neuvième siècle. Il mourut vers 1840, à Bissikrima même, et l'on y montre encore sa tombe, au pied d'un grand arbre, parmi les touffes de hautes graminées.
    Il laissait un grand nombre de fils qui ont essaimé dans le pays, et qui mêlés aux Malinké, et en épousant les filles, se sont nationalisés Malinké.
    L'aîné, Kankan Fodé, créa un village qui acquit, à la fin du siècle dernier, une certaine importance, Kankan Fodéya, mais qui depuis est tombé, car les habitants ont émigré vers Bissikrima-gare et Bissikrima-Koura. Le deuxième, Mori Sallou, est le père de Fodé Yaya.
    Le troisième, Bouba, est le père de Fodé Baba.
    Fodé Yaya et Fodé Baba sont les deux chefs spirituels des groupements malinké des deux Bissikrima. Ils sont qadrïa de l'obédience de Touba. Ils ont été affiliés à cette confrérie en 1907, par un marabout diakanké de passage, Alfa Ibrahima Gassama, disciple de Qoutoubo. Les deux cousins, qui n'avaient pas encore reçu le wird, furent tellement impressionnés par la sainteté de ce marabout, qui séjourna quelques mois à Bissikrima, qu'ils lui demandèrent de les recevoir parmi ses fils spirituels Consacrés moqaddem, ils ont eux-mêmes distribué le wird à leurs talibés de la région.
    Fodé Yaya, né vers 1855, était nommé en 1910 chef du village de Bissikrima-gare, qui se créait. Son influence s'étendait incontestée sur les populations d'origine diallonké et surtout malinké de la région. L'afflux d'immigrants et de dioulas de toute provenance, provoqué par la construction du chemin de fer Conakry-Niger, ouvrit l'ère des difficultés. L'établissement des camps de travailleurs les aggravèrent. Etrangers au pays, ces ouvriers et traitants ne montrèrent aucune discipline et terrorisèrent les indigènes, pillant leurs champs, violentant leurs femmes, les brutalisant eux-mêmes. Ces violences provoquèrent l'exode des premiers habitants qui s'établirent sur la Bouka, au pied des monts Balayan, au village de Bissikrima-Koura (nouveau Bissikrima)
    Entre temps, les dioula de Bissikrima, se rebellant contre l'autorité d'un chef malinké, demandaient l'autonomie de leur groupement et un chef pris parmi eux (1913).
    Les embûches qu'ils tendirent à Fodé Yaya le firent tomber. On dénonça les exactions qu'il commettait comme chef de village et président du tribunal de province, et il fut révoqué en septembre 1914, puis condamné en janvier 1915 à deux ans de prison par le Tribunal de province de Dinguiraye. La mesure de son influence fut donnée le
    8 janvier 1915. Une manifestation violente éclata parmi ses talibés de Bissikrima, à propos des opérations du recrutement, mais en réalité comme marque d'opposition au nouveau, chef, Mokhtar Fal. Les actes d'indiscipline qui furent commis amenèrent l'arrestation de vingt-deux notables, dont les fils, frères et principaux disciples de Fodé Yaya. Ils furent condamnés à des peines diverses d'emprisonnement.
    Ils les subissent, avec Fodé Yaya lui-même, à Fotoba (Iles de Los).
    L'école, que dirigeait le marabout à Bissikrima et qui comprenait une vingtaine d'élèves, est restée fermée depuis son départ.
    Fodé Yaya n'a rien d'un irréductible. D'intelligence moyenne, il paraît n'avoir qu'à moitié compris la succession des événements fâcheux dont il a été victime. Un de ses fils, engagé volontaire aux tirailleurs sénégalais, a été blessé à la bataille des Dardanelles [France] durant la première guerre mondiale.
    Fodé Baba, son cousin, est né vers 1863, à Koukoutamba (Timbo, province de Kolen). Les guerres entre Foula et Houbbou contraignirent sa famille à émigrer vers Kouroussa en 1870. Elle s'installa dans le Oulada. Le jeune Fodé y fit ses études, mais il dut encore quitter le pays lors des incursions de Samory. Il s'installa à Bissikrima d'abord, puis lors de l'arrivée du rail à Bissikrima-Koura. Il est fixé aujourd'hui dans la marga de Souroumba, sur la montagne de Bissikrima-Koura.
    Fodé Baba ne paye pas de mine. Il est chétif, grêle, et défiguré par un énorme goitre. De nombreuses cicatrices et végétations purulentes laissent supposer qu'il est lépreux. Ces infirmités ne l'empêchent pas de circuler dans la région. Les besoins de sa propagande l'incitent à vivre en excellents termes avec Tidia, chef de la province du Baïlo, où il compte un certain nombre de talibés. Il en a d'autres dans le district de Dabola, dans le cercle de Farana, dans le cercle de la Mellacoré (province de Mori Kania).
    Son influence ne s'est pas toujours exercée heureusement à Bissikrima-Koura Le chef du village, fâcheusement conseillé par lui, a mis toutes sortes d'entraves au recrutement et est en instance de révocation. Le marabout lui-même a été condamné à plusieurs reprises à des peines disciplinaires (1911, dissimulation de la matière imposable; 1914, propos malveillants envers les Français).
    Fodé Baba jouit d'une bonne instruction. Il a fait des études presque complètes, qui font de ce Malinké une manière de lettré arabe. On trouvera aux annexes un spécimen de sa correspondance. Il exerce en outre la profession de médecin et de vendeur d'amulettes, et à ce titre jouit d'un certain prestige, même parmi les fétichistes de la région.
    Le principal disciple de Fodé Baba, méritant une mention particulière, est Fodé Billo, né v ers 1870 à Daara (Timbo) Malinké, établi à la marga de Souroumba, où il dirige une petite école coranique. Il se déplace fréquemment moitié comme dioula et moitié comme marabout quêteur. Il jouit d'une certaine considération dans la province de Baïlo et dans la région de Bissikrima.

  • Dans la Basse-Guinée, l'influence des marabouts de Touba s'étend

    • aux cercles de Kindia et de Dubréka

    • à la ville de Conakry

    • et au cercle du Rio Nunez (Boké)

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