L'Islam en Guinée : Fouta-Djallon ( IV )

Le cercle de Kindia a été depuis un quart de siècle l'objet d'un prosélytisme suivi de la part des missionnaires Diakanké. S'ils n'ont pas réussi à créer un centre aussi important que celui de Goumba, ils ont allumé en divers points du territoire des foyers ardents de propagande qui travaillent lentement, mais efficacement, à l'islamisation des populations Soussou.
Les deux principaux centres de rayonnement qadria sont: Dar es-Salam et Kindia même.
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    • Dar es-Salam, dans la province du bas Tamisso, est la création d'un Malinké du Oulada, Fodé Kaba. Son père,
      Fodé Bokari, avait quitté Kouroussa au début du dix-neuvième siècle, et était venu faire le dioula islamique dans le cercle de la Mellacoré. Il s'établit à Laya, près de Forékaria, et y mourut vers 1835.
      Fodé Kaba, ayant abandonné Layâ, fonda vers 1880 le village du salut (Dar es-Salam) dans le Tamisso, et y ouvrit une école coranique.
      Ce fut son fils aîné,
      Fodé Madou Ciré, qui fit de ce centre une Zaouïa renommée par sa baraka et ses études. Il avait reçu le wird qadria de Karamoko Qoutoubo, et, consacré moqaddem, il ne cessa de le répandre à son tour. Il est mort en 1835, laissant une ville très florissante au point de vue islamique. On y comptait, dès 1911, 14 écoles et plus de cent élèves. Dar es-Salam était déjà à ce moment considéré comme le deuxième centre musulman de la région, et depuis la destruction de Goumba, elle a pris la première place.
      Fodé Ciré a laissé une nombreuse famille. Son fils aîné, Sougandi Daramé, est déjà un personnage notoire, mais la direction de la Zaouïa est restée entre les mains des frères du marabout: Fodé Ansoumani, qui vient de mourir; Tierno Ali, son successeur; Fodé Salifou et Fodé Morouba. A signaler encore un de leurs neveux, Fodé Souleymana Daramé, né vers 1884, lettré de quelque valeur, professeur à la Zaouïa.
      L'influence de Dar es-Salam s'est exercée d'abord dans le Tamisso, puis s'est étendue dans le cercle relevant de cette Zaouïa.
      Le groupement de
      Fodé Kaba, à Tinko, bas Tamisso, né vers 1883, d'origine malinké, élève et disciple de Fodé Sori, oncle de Fodé Modou Ciré et que celui-ci employait comme missionnaire. Fodé Kaba a des élèves, originaires de Sanou (Kindia) et du Benna (Mellacoré).
      Le groupement de
      Karamoko Karfala, à Friguiagbé, né vers 1881 à Forécaria, de race soussou. Il a reçu le wird de Modou Ciré à Dar es-Salam même.
      Le groupement de
      Karamoko Bassi, Soussou, marabout des chefs du bas Tamisso à Médina-Oula. Il est né vers 1879, à Laya (Forécaria). Il vint s'établir en 1909 dans le cercle de Kindia (Baring) et y fit le dioula et le maître d'école. Il a été engagé en 1911 comme secrétaire du tribunal de province de Kindia.
      Les petits groupements de
      Karamoko Fodé Kamara, à Kouloukouré (Takoubeya), et de Morlaye Touré à Facikouré (Takoubeya) tous deux Soussou, ce dernier frère de Fodé Kondetto, interprète du cercle de Kindia
      Le groupement de Tanéné Kéla, dont les personnages notoires sont:

      • Kaliata Demba, né vers 1847, oncle de l'almamy Laye, et disciple de Fod&eacute

      • Moussa Fod&eacute

      • Batourou Momodou, né vers 1850, fils et disciple de Fod&eacute

      • Moussa; Karamoko Bitri, né vers 1850, et qui est mort en 1955, laissant une nombreuse famille, disciple aussi de Fodé Moussa. Ce Moussa, d'origine mandingue, se rattachait à Modi Cire, de Dar es-Salam.

Le centre de Dar es-Salam a gardé sa physionomie malinké. On en parle encore la langue et on en a conservé nombre d'usages. Les prônes se font la plupart du temps en malinké, qui, ici, est considéré comme une langue sacrée.

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    • L'autre centre du rayonnement qadria de Touba, dans le cercle de Kindia, se trouve à Kindia même. Il se décompose en plusieurs petites communautés. La plus importante de ces communautés est sous la direction spirituelle de Fodé Ansoumana.
      Quoique les fondateurs de ce groupement soient d'origine malinké ils se sont fondus parmi leurs voisins soussou, et leur ont emprunté leurs moeurs et leur langue. Mais le soussou, étant considéré comme une langue profane, une langue de fétichistes, c'est encore en malinké que se font les prônes du vendredi, et les explications des textes arabes.
      Le grand-père de Fodé Ansoumana, Mamadou Bitri, id est « le très fort » du clan des Mansaré-Kéita était venu du pays mandingue soudanais, au début du dix-neuvième siècle. Il ouvrit successivement une école coranique à Kankan, puis, à Kindia. lI mourut dans ce dernier village.
      Il laissait un fils, Fodé Moussa, qui continua la tradition paternelle en faisant le marabout en pays soussou, et qui y acquit une certaine influence, puisqu'il put épouser une des filles (Awa Silla) de l'almamy Koumba, devenant ainsi le beau-frère de l'almamy du Kaneya, Kaya Moussa, qui avait épousé Binti Silla, seconde fille de Koumba.
      Le fils de Fodé Moussa et de Ana Silla fut Fodé Ansoumana, né vers 1857, à Kindia. Il a à peu près perdu ses origines malinké et est aujourd'hui un vrai Soussou. Il continue pourtant à donner ses paraphrases du Coran en langue malinké. Il a fait ses études dans le Koïn (Tougué) chez Fodé Bokari Silla; son instruction est d'ailleurs médiocre.
      Il a une école d'une douzaine d'élèves, recrutés surtout dans l'élément soussou, mais dont quelques-uns sont malinké. Il est à remarquer qu'Ansoumana a envoyé ses enfants en bas âge faire leurs études à Dar es-Salam, sous prétexte qu'un père ne peut élever lui-même ses enfants, et qu'au surplus Kindia est une ville de perdition pour les jeunes gens. C'est lui qui remplit à la mosquée de Kindia les fonctions d'imam. Ancien président du tribunal de province, il est aujourd'hui assesseur au tribunal de cercle.
      Ses femmes sont au nombre de quatre, et ses concubines atteignent un chiffre plus élevé. Ses deux fils aînés: Fodé Bokari, né vers 1885, et Fodé Moussa, né vers 1890, paraissent plus instruits et plus ouverts que leur père.
      Fodé Ansoumana a reçu l'affiliation qadria et le pouvoir de la confier, vers 1890, de Fodé Sékou, missionnaire diakanke envoyé par Karamoko Qoutoubo, de Touba, pour faire du prosélytisme parmi les populations soussou.
      A côté de Fodé Ansoumana, ses neveux Laye Silla et Fodé Moussa sont les personnages les plus importants des Soussou de Kindia.
      Laye Silla, dit Manga Laye, et plus communément Almamy Laye, est né vers 1871. C'est le fils des almamy du Kaniya. Nommé d'abord chef du canton du Ouantambakiri, un des districts du Kaniya, il y rendit les meilleurs services (1905). Son commandement fut étendu à la province entière du Kaniya (1909), mais il ne sut pas imposer son autorité aux autres chefs de canton, et lors de la dislocation de la province (1911), il redevint chef du canton de Ouantambakiri. C'est au surplus un chef sympathique et tout dévoué.


Almami Laye de Kindia et sa famille

Il a fait ses études coraniques auprès de son frère cadet, Fodé Moussa, et en a reçu l'affiliation qadria. Il a dans sa case une douzaine de femmes où on distingue mal les épouses légitimes des concubines. C'est un vrai musulman soussou. Son frère, Fodé Moussa, né vers 1885, a fait ses études, plus complètes, chez les marabouts de Dar es-Salam. Il dirige à Tabouna, près Kindia; une école assez florissante, panachée de filles et de garçons. Fodé Moussa, moqaddem qadria pour la région, a reçu le wird de Fodé Modou Ciré de Dar es-Salam.
La
troisième des communautés qadrïa de Kindia est dirigée par Moussa Silla, né vers 1880, fils de Wondé Sayon, fils dé Wondé Simini. C'est un Soussou, du clan des Silla, qui correspond chez les Malinke au clan des Yattara. Il a fait ses études au village de Sarakollé Ndia et dirige aujourd'hui, une école florissante de plus de vingt élèves et comprenant surtout des garçons et des filles soussou.
Moussa Silla, qui poursuivait toujours ses études, a déclaré en juillet 1915, qu'il était digne du titre de « Fodé », c'est-à-dire docteur ès sciences islamiques. En conséquence, il a coiffé le turban et a déclaré que son nom était désormais Fodé Silla. Les choses se passent plus simplement en pays soussou que dans les montagnes du Fouta.
Fodé Silla est le disciple de Alfa Sirifou, disciple lui-même de son père Onfa Sirifou. Onfa avait reçu le
wird qadria de Karamoko Tassilimou, lors d'un voyage à Touba.
Une
quatrième communauté qadria, filiale de Touba, est sise dans le canton de Kilissikiri, à Molota et environs.
Elle a pour chef spirituel
Fodé Kourouma, imam de la mosquée de Molota.
Fodé Kourouma, d'origine mandingue, est né vers 1830. Il a fait ses premières études dans le Kolen (Timbo) où son père, Alfa Mamadou, était établi et est mort. Il est allé les compléter à Touba, où il a reçu le
wird de Karamoko Qoutoubo. Il dirige une école d'une quinzaine d'élèves, mais est suppléé, la plupart du temps, à cause de son grand âge, par son fils aîné, Fodé Alfa, né vers 1870.
Fodé Kourouma a plusieurs disciples de marque dans le Kilissikiri:
Donké Fodé, de son nom islamique Fodé Kamara, né vers 1870, Soussou, chef du canton depuis 1909, où il a remplacé son père. Celui-ci Fodé Demba Kamara, fut un chef très considéré de l'époque préfrançaise. Donké Fodé a été un bon élève de l'école de Kourouma. Il en a reçu le wird Fodé Laye Kamara, né vers 1880, Soussou, maître d'une école d'une dizaine d'élèves à Molota Fodé Daffé, né vers 1873 à Forécaria, Soussou, maître d'école Fodé Laye, né vers 1880, Soussou, maître d école et cultivateur à Molota. Fodé Yoré, né vers 1857, soussou, du clan des Kamara, maître d'école et cultivateur à Molota.
Fodé Kourouma est la personnalité la plus respectée du Molota soussou; il est l'hôte des Diakanké de passage.
Il a, en outre, un disciple de choix dans le canton de Soulima:
Fodé Ansoumani Bangoura, né vers 1863, à Soumbouya (Dubréka), Soussou, et qui a fait ses études à Bissikrima, chez Fodé Yaya. Ansoumani, qui dirige une école de dix élèves à Soulima, a reçu d'abord le wird de Chékou Yaya de Forécaria, disciple de Kourouma, puis l'a reçu de Fodé Kourouma lui-même.
Il reste enfin à signaler
à Kondetta (Kindia) le petit groupement des Diakanké, originaires de Touba, et descendants de Sanoussi, fils de Karam Ba et de Karamoko Atigou, fils de Tassilimou. Ce groupement est sous la direction spirituelle de Lamina Sakho, fils de Fodé Sanoussi, né vers 1867, à Touba; il quitta sa ville natale, vers 1890 et s'établit à Conakry où cultivateur et marabout, il passa 16 ans. Il y laissa femmes et enfants et vint fonder une école coranique à Kondetta, près de son cousin Atigou. A la mort de celui-ci, il a pris le commandement de cette petite colonie diakanké. Il a reçu le wird qadria de Karamoko Qoutoubo.

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    • Dans le cercle de Dubréka, on compte plusieurs groupements qadrïa relevant de l'obédience des marabouts de Touba. Ils se trouvent pour la plus grande part dans la province de Bramaya, sur les deux rives de l'embouchure du Konkouré (centre principal: Koubia). Ils doivent leur origine au prosélytisme de plusieurs des fils de Karamoko Kasso, fils de Karam Ba, qui s'établirent dans cette province dans le courant du siècle dernier.
      Les personnalités marquantes de ces groupements diakanké ou soumis à l'obédience des Diakanké sont:

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      • A Wonkifon (Soumbouya), Tassili Manga Gassama, né vers 1856

      • A Coyah, Fodé Sékou Amadou, né vers 1845;

      • A Koubia (Bramaya), Sékou Gassama, né vers 1875 et Fodé Ali, né vers 1850, ces deux derniers directeurs des Toubakayes de la région. Tous marabouts, maîtres d'écoles coraniques et cultivateurs.

    • Dans la ville indigène de Conakry et dépendances, on signale quelques personnalités maraboutiques qui se rattachent, directement ou par une filiale, à Touba.
      Les principaux sont:

      • A Conakry même, Fodé Touré, né vers 1888, et Fodé Taraolé, né vers 1880, disciple de Fodé Modou de Dar es-Salam (Kindia).

      • A Dixin foulah, Babé Diakité, né vers 1879, disciple de Tierno Oumarou Gassama, de Touba.

Les autres Qadria relèvent des marabouts de la Haute-Guinée.
L'influence des Diakanké qadria de Touba fut prépondérante à Conakry il y a un quart de siècle. C'est par eux et par leur voie que se firent les premières conversions à l'Islam. Karamoko Qoutoubo y envoyait périodiquement ses missionnaires, et quelques-uns s'y fixèrent même et ouvrirent des écoles coraniques où on attira les enfants baga et soussou. Par la suite, les marabouts foula, relevant du Tidianisme omari, ont fait une active concurrence aux Toubakayes et ce sont eux qui, maintenant, constituent la majorité des islamisés de Conakry.
La région de Rio-Nunez, que les gens de Touba considéraient et utilisaient depuis un siècle comme leur débouché naturel vers la mer avait toujours été l'objet de leurs soins religieux. Il est vrai que leur prosélytisme resta sans succès devant le fétichiste invétéré des Tenda, Mikhiforé et Landouman. Ils eurent cependant quelques conversions parmi les Nalou, mais en tout cas entretinrent généralement d'excellentes relations avec ces peuples côtiers.
C'est parmi eux qu'ils recrutèrent en grande partie leurs captifs, et Boké devint le port où les Diakanké vinrent s'approvisionner en marchandises européennes. Quelques-uns même se fixèrent en Basse-Guinée et leur présence y est devenue, à Guemé, Bel-Air, Sokobouly, le centre de petits groupements musulmans qadria, et d'écoles coraniques.
La libération des captifs n'a fait que renforcer ce mouvement naissant d'islamisation. La plupart de ces esclaves tenda, landouman, baga, en quittant Touba et en regagnant leurs villages côtiers ont rapporté avec eux quelques bribes d'Islam, quelques gestes de salam appris au contact de leurs maîtres et, rentrés parmi leurs frères fétichistes, tiennent à honneur de faire étalage de leur nouvelle science. C'est évidemment peu sérieux, mais c'est un premier pas et leurs enfants qu'ils envoient à l'école coranique, quand ils le peuvent, progressent d'un degré de plus dans la « Voie droite » du Prophète.
En dehors de la Guinée, et en dehors des petites colonies fondées en Casamance depuis un quart de siècle par les fils et neveux de
Karamoko Qoutoubo et qui ont déjà été citées (Pakao, Sédhiou, Samboundou, Kabada), il reste à signaler:

  • En Sierra-Leone, le groupement diakanké des fils et clients de Karamoko Arfata, fils de Modi Tassilimou. Arfata, établi depuis un quart de siècle en Guinée anglaise, a laissé une nombreuse progéniture qui s'est partagée entre le commerce paternel sur place et l'étude à Touba.

  • En Gambie anglaise, une partie des enfants Mamadou Kabir (ou Karam Ba Modi) fils aîné de Karam Ba, commerçants et cultivateurs.

  • Au Sénégal, les enfants de Mamadou Sanoussi, qui ont fondé dans la province du Niani le village de Toubandé-Niani (le petit Touba du Niani). On signale aussi quelques uns des leurs à Tabadian.

  • En Guinée portugaise, le centre de Bandoum lieu d'attraction des derniers clients d'Alfa Yaya, ou des fugitifs apeurés de Touba et du Kinsi.

 

Notes
1. Fort probablement le père du député de la Guinée Française
Albert Liurette.

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