L'Islam en Guinée : Fouta-Djallon ( VII ).
Les Tidiania Foula
La grande majorité des Foula est aujourd'hui affiliée de près ou de loin au Tidianisme Omari de Dinguiraye. Les antiques voies,
soit Qadria que les premiers envahisseurs apportèrent avec eux du Macina, soit Chadelia que
propagèrent des marabouts locaux, élèves de l'école de Fez, tendent aujourd'hui à disparaître. Elles ont dû céder le pas, dès 1850, à l'influence d'Al-Hadj Omar.
Installé dans sa principauté de Dinguiraye, taillée dans les domaines des
fétichistes, le grand Toucouleur du Fouta Toro attira très vite l'attention des gens du
Fouta-Diallon par l'éclat de sa sainteté, de sa science et de sa fortune politique. La communauté de langue et d'origine contribua aussi pour beaucoup évidemment au rapprochement sympathique.
Al-Hadj Omar fit d'autre part, vers 1850, un séjour de plusieurs mois à Timbo et y déploya toute la force de sa séduction, de son savoir et de son éloquence. Dès ce moment, les Karamoko Foula
vinrent à lui; leurs disciples les suivirent, et quoi qu'en eurent les almamys, qui politiquement et par jalousie se mirent souvent en travers des projets des
Toucouleurs de Dinguiraye, au point de nouer alliance avec Samory,
ils durent aussi emboîter le pas. Le Fouta Diallon s'est trouvé, dès 1885, inféodé à la voie omarienne. Il l'est toujours.
Nous arrivons donc ici, si l'on peut dire, au coeur même de l'Islam Foula. Dégagé de l'étude des groupements Sadialia en voie de disparition et de l'étude des groupements qadrïa, toujours
florissants, mais qui sont un peu un hors d'oeuvre dans la société foula, puisqu'ils sont immigrés et d'origine diakanke; éclairé par l'étude préliminaire du Tidianisme des maîtres de Dinguiraye,
I'Islam tidiani du Fouta-Diallon peut être abordé et suivi pas à pas, c'est-à-dire cercle par cercle ou région par région.
Chemin faisant, les petites colonies étrangères de Malinké et de Sarakollé d'obédiences diverses y seront signalées.
A leur place également, il sera fait mention des derniers survivants des Houbbou. L'occasion semble opportune pour présenter ces révoltés politiques et traditionalistes religieux qu'on commence à
voir aujourd'hui seulement sous leur vrai jour.
Les Houbbou, groupement tout à fait hétérogène de Qadrïa, qui ont tenu tête inlassablement aux almamys du Fouta, puis à Samory, dans les deux derniers tiers du dix-neuvième siècle, ont aujourd'hui à peu près disparu.
C'est de Tierno Mamadou Diouhé, fils de Modi Karimou, de la famille Nduyebhe (tribu Uururbhe) qu'est parti le mouvement.
Mamadou Diouhé était un Karamoko d'une grande sainteté, habitant entre 1820 et 1840 Timbo, où il avait fait l'éducation d'un grand nombre d'enfants des meilleures familles Foula et notamment
celle du fils de l'almamy Abdoul Qadir, Ibrahima
Sori, celui-là même qui désirait devenir almamy en 1872, sous le nom d'Ibrahima Donghol
Fella. Il était également en très bons termes avec l'almamy Oumarou, qui lui donna sa mère en mariage. Entre 1840 et 1850, il se retira à Lamina, village de la petite misiide de Kolako,
dans le diiwal de Fodé Hadji (Timbo) où ses disciples vinrent le retrouver. Sa zaouïa fut bientôt extrêmement florissante; elle devint le
refuge des voleurs, des faillis, des esclaves en fuite ou simplement des mécontents du régime, surtout Uururbhe et Ferobbhe, et attira fâcheusement l'attention des Almamys. C'était le premier
acte d'une pièce dont le dernier se jouait en 1911. Ils finirent de la même façon: l'Almamy Ibrahima Daara, voyait du plus mauvais oeil ce foyer d'intrigues, marcha contre les dissidents (Houbbou
et Foula), et il fut tué, comme deux officiers français étaient tués en mars 1911 en voulant arrêter le chef des Houbbou, à Goumba.
La lutte se poursuivit féroce entre les rebelles, commandés d'abord par le marabout Mamadou Diouhé, puis par son fils Mamadou Abbal, et le pouvoir central de Timbo.
Elle prit bientôt une sorte de caractère religieux. Les Foula passent au Tidianisme des Toucouleurs de
Dinguiraye. Les Houbbou restent attachés à la bannière qadria de leurs
ancêtres et réclament du secours à Cheikh Sidia Al-Kabir. Déjà Modi Karimou, le père de Mamadou Diouhé, avait été en relations avec les marabouts du Sahel (Trarza et Kounta). Il leur avait rendu
de nombreuses visites. Son fils continua la tradition. On cite encore les noms des deux ambassadeurs: Magariou et Tierno Sansi, qui
vinrent à plusieurs reprises chercher des subsides et des encouragements auprès du grand pontife des Oulad Biri.
Les Houbbou n'eurent pas le dernier mot. Ils durent reculer devant les perpétuelles attaques des Almamys, évacuèrent le Fodé Hadji, le Baïlo et se réfugièrent dans le Yewrugal et les hauts monts
qui l'entourent: province du Fitaba, et partiellement du Houré. Ils vécurent dans une paix relative dans les tours de commandement d'Ibrahima Donghol Fella, soit que cet Almamy eût conservé une
certaine amitié pour ses anciens maîtres et condisciples, soit qu'il fût vraiment, comme nous le montrent certains récits du temps, un homme intelligent, ouvert, et jusqu'à un certain point
libéral.
Toutefois la résistance se prolongea jusqu'à Samory, qui les fit écraser par son
lieutenant Karamoko Bilali.
Des survivants, une partie se réfugia dans le Kébou et tenta de se reconstituer sous la baraka du Ouali de
Goumba. Ils eurent la fin malheureuse que l'on sait. Il est curieux de constater comment la
duplicité foula sut faire marcher en l'occurrence l'administration française. Il ressort des pièces officielles, établies par ceux-là même qui détruisirent Goumba et dispersèrent les derniers
Houbbou que le grand reproche qu'on adressa à ces malheureux fut surtout celui d'être... des Houbbou. Il était dit officiellement aux grands palabres d'avril-mai 1911 : « Nous ne faisons pas la
guerre à l'Islam, ni aux marabouts. Nous recherchons seulement les Houbbou qui, de l'avis même des chefs indigènes, des marabouts sérieux et des vieillards sensés, sont néfastes pour une région.
» Les almamys ne disaient pas mieux. Les derniers Houbbou ont perdu toute organisation politique et vivent clairsemés et soumis dans les provinces montagneuses du Fitaba et du Houré (Timbo) et du
Mali (Labé).
Ils sont restés inféodés au Qaderisme traditionnel des vieux Foula.
Les quatre grandes tribus de la race peule, signalées pour la première fois par M A. Le Chatelier, se trouvent représentées dans le Fouta-Diallon. Il n'est pas de Peul ne se rattache à l'un
quelconque de ces quatre groupements comme il n'est pas, même de nos jours, de Juif qui ne connaisse son affiliation à l'une des douze tribus d'lsraël. Il est utile de les donner ici, suivant la
conception foula et sans vouloir établir de rapprochement avec les divisions similaires des autres grands groupements Peul de l'Afrique Occidentale:
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Fouta-Toro
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Macina
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Moyen Niger
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Sokoto
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Adamaoua.
Ces renseignements permettent de mieux saisir la filiation des personnalités maraboutiques dont mention est faite au
cours du chapitre, avec l'indication de leur origines tribales
Les quatre grandes tribus classiques dés Peul sont au Fouta-Diallon:
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Uururbhe |
au singulier |
Uuruuro |
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Diallubhe |
— |
Dial-Diallo |
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Ferobbhe |
— |
Pereejo |
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Dayeebhe |
— |
Dayeejo |
Les Uururbhe comprennent deux fractions très différentes par la date de l'invasion, les coutumes et la religion:
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les Poulli, qui sont fétichistes ou tout au moins fort peu islamisés, et dont l'invasion a précédé de longtemps, peut-être de plusieurs siècles, l'arrivée de leurs cousins musulmans
-
les Foula, qui sont musulmans, et qui, accueillis en amis par les Poulli et les Diallonké, les ont asservis et visent à les islamiser. Ils sont les frères des Foulakounda du Gabou portugais, de la Casamance et de la Gambie et des Fulbhe Diéri du Sénégal.
Les Uururbhe sont dispersés dans tout le Fouta, mais on les trouve principalement dans
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le Cercle de Pita à
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Timbi-Tunni
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Timbi-Madina
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Maci
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Bomboli
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Buruwal-Tappe
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les Boowe du Télimélé
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le Labé, quelques familles, surtout Nduyeebhe, MBalbalbhe et Uyaabhe
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le Tougué et le Mali, des représentants beaucoup plus nombreux
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le cercle de Koumbia des Poulli et Foulakounda
-
le Bokeeto de Timbo, quelques familles
-
dans la région de Mamou, des fractions de la famille Diawbhe.
Les Diallubhe sont dits aussi, au Fouta-Diallon, Yirlaabhe (au singulier
Girlaajo), soit que Yirlaabhe soit synonyme de Diallubhe, soit ou réciproquement que les Yirlaabhe soient une des divisions des Diallubhe et qu'ils constituent les seuls membres
de la tribu représentée au Fouta.
Leur zone d'habitat est surtout le Labé avec ses annexes du Tougué et du Mali. Les familles les plus importantes y sont
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les Khalidiyabhe, ou Khaliduyanke
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les Njobboyanke
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les Seleyanke
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les Ngeriyanke
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les Usnuyanke
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les Nyooguyanke.
On trouve encore des Diallubhe dans le Timbi-Madina et le Kébou, du cercle de Pita; et
plusieurs familles surtout Timbonke dans la région de Timbo, dans le Kolladhe de Ditin et dans la région de Mamou.
Les Ferobbhe sont relativement peu nombreux au Fouta. Ils sont en tout cas inférieurs en nombre aux trois autres tribus. On les trouve
surtout dans le Kébali de Ditin, le Fodé Hadji et le Kolen de Timbo, le Bhouria de Mamou. Ils ont en outre quelques représentants dans le Labé, surtout à Tunturun.
Les Dayeebhe ont fourni les maisons princières de Timbo (Seediyanke) et pontificales de Fougoumba
(Seeriyanke). Toujours dans la même région la famille Wolarbhe. En dehors de Timbo-Ditin, ils sont représentés par des Seediyanke à Mamou; des Seeriyabhe à Bomboli, Bantinhel et Buruwal-Tappe du
cercle de Pita, et des Wolarbhe un peu dans toutes les provinces du Fouta.
Le Labé
A. Situation générale. — C'est la tribu Diallubhe, qui constitue la plus grande partie du
peuplement du Labé.
Toutes les familles de cette tribu y sont représentées. En dehors de Diallubhe, on y trouve aussi des Uururbhe surtout dans la région de Tougué et quelques Ferobbhe L'ensemble de ces Fulbhe est
évalué à 275.000 environ. A ce chiffre, il faut ajouter 13.000 Diakanké et, 5.000 Diallonké
Recensement démographique de 1907-1910
Les premiers fortement islamisés, les seconds beaucoup moins, et enfin 120.000 captifs d'hier en grande majorité
bambara et Malinké qui sont, ou fétichistes, ou si faiblement teintés d'Islam qu'on ne le voit guère.
L'ancien Labé était plus vaste que le cercle actuel du même nom. Il comprenait en outre la région de Touba, Koumbia et Kadé, dont l'administration française a fait le cerclé de Koumbia.
Le cercle du Labé se fractionne en trois territoires, dont les résidences chefs-lieux sont:
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Labé
-
Mali
-
Tougué.
Le siège du cercle est Labé.
Au point de vue religieux, le Labé paraît être le diiwal le plus profondément islamisé de tout le Fouta. Il s'y est épanoui une magnifique efflorescence de mosquées, qui comptent parmi
les plus belles du pays, d'écoles coraniques qui sont les plus fréquentées et les plus brillantes, de marabouts qui sont les plus considérés et les meilleurs éducateurs.
C'est en grande partie à quelques saints et lettrés marabouts du Labé que la Voie tidiania omarienne doit son succès dans le Fouta. Inféodés à l'obédience d'Al-Hadj Omar, dès la première heure, ils ont été des
disciples fervents et les propagateurs de son wird chez les populations foula partagées entre le Qaderisme ancestral, et le Chadelisme d'importation plus récente.
Il faut citer parmi ces personnalités brillantes dont la trace est constatée non seulement dans le Labé proprement dit et ses anciennes dépendances politiques de Tougué (Koyin) Mali (Yambérin) et
Kadé, mais encore dans les régions voisines de Timbo, Ditin, Pita et Télimélé:
-
Alfa Oumarou Rafiou, de Dara-Labé
A côté de ces marabouts de grande envergure, et de leurs disciples et élèves. Il y a quelques Karamoko de second
plan, qui ont été formés par des marabouts toucouleurs, de passage, ou qui sont allés achever leur éducation auprès de Tierno toucouleurs du Fouta Toro. Un seul paraît quelque peu intéressant:
Tierno Abdoul, à Dembahi par Sagalé, de la misiide de Diéri, jadis la plus grande « paroisse » du Labé. Né vers 1850, dans la région de Timbo, appartenant à la
famille des Sediyanke, il a été très longtemps suivant (mbatula) de l'Almamy Ibrahima Donhol Fella. Par la suite, il s'est retiré dans le Labé et a tourné au marabout. Il compte
des talibés dans le canton, ainsi qu'à Porédaka (Mamou); Timbi-Madina (Pita); Timbo et Boké. Il est l'élève et le disciple d'Al-Hadj Omar Galoya Torodo du fleuve.
En dehors de cette influence prépondérante du Tidianisme, il faut citer:
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le groupement si fervent des Chadelia de Diawia, très florissant sous la direction spirituelle de Tierno Mamadou Chérif
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Plusieurs centres Diakanké, inféodés à leurs congénères de Touba et à leur bannière qadria. Les principaux de ces villages sont: Silla-Kounda, de la même famille, dans la Komba Occidentale, Fétoyembi, village important où on trouve des représentants des quatre grandes familles Cissé, Diawara, Gassama et Diakhabi (Komba orientale) Poro, famille des Diakhabi (Hoore-Dimma).
-
Plusieurs centres Sarakollé, dont la plupart réunis dans la haute vallée de la Komba, forment une agglomération très florissante que coupe la limite administrative de Labé et de Mali. A citer dans le Labé:
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Manda-Linsan et à Toukoro (province de la Komba).
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Sarouja, peuplé par la famille Silla, dans la province de Hoore-Dimma;
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Tambalama et Goundiourou, peuplé par les familles Cissé, Kamara, Silla, Touré (Koïta); Kouara par la famille Kamara (Wendou); Diawara, par la famille du même nom (Dembele).
-
Ces Sarakollé sont le plus généralement qadria et se rattachent par l'ancienne zaouïa de Bagdadia
(Fodé Kadialiou) à l'obédience de Cheikh Sidïa
Al-Kabir. Ils seront vus vu chapitre
six.
Ici comme au Sénégal, et au Soudan, ils sont dioula et colporteurs d'Islam. Mollien avait bien reconnu leurs qualités, en passant en 1818, dans leurs villages de la Komba.
« Ce sont peut-être les nègres les plus intelligents et les plus adroits en affaires de commerce: leur passion pour le trafic est si grande que leurs voisins disent, par dérision, qu'ils aiment mieux acheter un âne pour transporter leurs marchandises que d'avoir une femme dont les dépenses diminueraient leurs revenus. »
B. Le Groupement d'Alfa Oumarou Rafiou (Labé). — Alfa Oumarou Rafiou, Poullo des Ferobbhe-Uyanke, était un marabout de valeur qui a vécu et a enseigné à Dara-Labé, au
siècle dernier (1800-1885). Il était fils de Modi Salihou, chef de Dara-Labé. Modi Salihou était aussi le père de Diénaba, qui fut la mère d'Alfa Ibrahima, chef du Labé et père d'Alfa Yaya.
Alfa Oumarou Rafiou était ainsi apparenté aux chefs du Labé et mit son influence à leur disposition, en retirant à son tour des bénéfices de tout ordre.
Il a laissé un certain nombre de disciples, tant à Labé même que dans les régions voisines, qui envoyaient leurs enfants suivre ses cours.
Il avait reçu le wird tidiani d'Al-Hadj
Omar lui-même, au cours d'un séjour que fit le grand marabout à Diégounko près Timbo où
naquit Aguibou, et où Ahmadou Chékou commença à épeler. Modi Salihou qui s'était attaché à la fortune d'Al-Hadj Omar, voulait le suivre par la suite jusqu'à Dinguiraye, mais son fils Oumarou
refusa de le suivre, et s'étant retiré à Dara-Labé, sut contraindre son père à le rejoindre.
Parmi les petits groupements tidianes, laissés par Alfa Oumarou Rafiou, on peut citer ceux-ci:
Dans le Labé
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A Labé même,
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Tierno Saliou Dalla, né vers 1847, et Tierno Salimou, son frère, né vers 1885, héritiers de l'influence de leur père, Modi Salihou, dit Mo Salihou. Ils appartiennent à la famille Wolarbhe. Ce sont deux notables influents de Labé, intelligents et ouverts, pourvus d'une bonne instruction islamique. Tierno Saliou était beau-père d'Alfa Yaya. Ils furent quelque temps en correspondance, en fin 1909, quand on crut au retour du chef du Labé. Après l'arrestation d'Alfa Yaya, il se tint coi.
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Dans la province de Wendou, à Simili-Bamba, foulasso de Bantanko, Mamadou Ciré, né vers 1870, fils et disciple de Tierno Abdoulaye Paté, de la famille Uururbhe-MBalbalbhe. C'est un lettré de mérite. Il a des disciples à Tarambali, Dalen, Gadha-Woundou et Simili-Bamba.
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Dans la province de la Komba Occidentale, à Sarékali, Alfa Oumarou, né vers 1855, et Tierno Boubakar, né vers 1870, tous deux maîtres d'école.
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Dans la province de Kassa-Saala: Tierno Soufiana, né vers 1850, maître d'école à Diala.
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Dans la résidence de Tougué:
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à Hoore-Koole, Tierno Aliou Fodéyanké
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à Gongouboun ses deux disciples: Tierno Ousman et Tierno Ibrahima.
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A Gongouboun encore, Tierno Tahirou, de la famille Kulunanke-Sempi, Uururbhe, né à Lampiigel vers 1848,. Il a des talibés dans les villages de Gadha-Woundou, Lampiiguel et Gongouboun, et jouit d'une certaine influence dans tout le Oula.
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Dans le Ditin: Dalaba, Tierno Aliou, maître d'école.
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A Kébali, Tierno Ouri, maître d'école et imam de la belle mosquée de Kébali.
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Dans le cercle de Pita
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province de Bantinhel: à Bantinhel-Tokosere, Karamoko Ibrahima Téli, maître d'école réputé, père d'une nombreuse famille et personnage très riche qui a laissé des talibés dans la province, ainsi que dans le Ditin, tels Tierno Amadou Ndantaari, de Kola;
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Tierno Ibrahima de Dalaba et Tierno Mamadou Sounna (Sanoussi) de Diangolo. Né vers 1820, Karamoko Ibrahima est mort vers 1895; il appartenait à une famille de Toucouleurs installée depuis plus d'un siècle dans le Bantinhel. Son fils aîné, Tierno Mamadou, l'a remplacé.
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Dans le cercle de Mamou, les Karamoko de la province de Boulliwel relèvent en grande partie de l'obédience d'Alfa Rafiou, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un vieux marabout local, Alfa Ibrahima Timbonké (Diallubhe). Les principaux de ces maîtres d'école et cultivateurs sont: Tierno Abdoul, imam de la mosquée de Boulliwel, et Tierno Bobo, de Dounki.
C. Le groupement de Koula (Labé). — Koula-Mawnde dans la province de la Kassa-Saala (Labé), est un village réputé dans tout le Fouta pour la science de ses marabouts et l'efficacité de leurs
amulettes. « Elles sont toutes bonnes à Koula et à Karantagui », dit le Foula du Labé. Dans le
domaine des études, c'est, paraît-il, la grammaire arabe, qui est l'objet d'un
enseignement de choix à Koula. Cette renommée maraboutique parait remonter à
Alfa Oumarou, de la famille des Nyogeyanke (Diallubhe), Karamoko de grande valeur, qui s'est éteint vers 1875. Alfa Oumarou se rattachait au Chadelisme des premiers Foula. II laissa trois
fils: Tierno Aliou, Tierno Madiou et Tierno Abdoul Rahimi.
Tierno
Aliou a consacré définitivement la réputation des gens de Koula. C'était un marabout très
savant, et qui s'était spécialisé dans le mysticisme des diarooje et dans les pratiques de magie. Koula devint un centre important de pèlerinages.
Il mourut en août 1910, laissant ses pouvoirs spirituels à son frère Tierno
Madiou; celui-ci, plus effacé, mourut peu après, en janvier 1912, n'ayant pas eu le temps de
donner sa mesure.
Le troisième fils de Alfa Oumarou hérita de la baraka paternelle, mais non de son wird. Jusqu'à lui, les gens de Koula sont sadialia. Tierno Abdoul-Rahimi est tidiani. Il fut en effet l'élève et le disciple religieux
de Al-Hadji Lamine de Bantinhel. Sous son pontificat, Koula abandonna le Chadelisme et se fait donner le wird de son nouveau
marabout.
Né vers 1855 à Koula-Mawnde et y résidant toujours, Tierno Abdou Rahimi est aujourd'hui un grand et maigre vieillard, à la longue barbe blanche, aux grands yeux enfiévrés, à l'air profondément
ascétique.
Il vit enfermé dans sa case et n'en sort que le vendredi pour aller présider les prières de la mosquée. Il évite le contact de ses semblables, à l'exemple de son frère aîné, Tierno Aliou, qui
refusa un jour de voir l'Almamy de passage à Koula. Abdou Rahimi ne va pas si loin toutefois et se présente à Labé, quand il le faut. Il a continué à Koula la tradition des
diarooje, institués par ses prédécesseurs, et les dirige lui-même. On voit que, bien que tidiani, le marabout de Koula a conservé les pratiques sadialia. Tierno
Abdoul-Rahimi compte de nombreux disciples.
D'abord son père, Tierno Moktarou, qui, resté sadialia et émigré à Wendou Koula, reçoit ses instructions. Tierno Moktarou, né vers 1865, a été reçu avec les plus grands honneurs par les gens de
Wendou qui lui ont construit une belle case, artistement
travaillée. Il a ouvert une école coranique et préside les diarooje de Wendou.
Ensuite, les enfants de ses frères aînés ont abandonné la Voie chadelia de leur père pour venir au Tidianisme de leur oncle.
Enfin Abdou-Rahimi compte des talibés dans beaucoup de villages et foulasso du Labé: à Popodara, Tourabouya, Diountou, Buruwal-Kassa, Sempeten,
Hooreyabi, Diari et Kissian; dans les foulasso Sambayabhe, Ndantaari, Koragui, Pellel, Billi, Boukari et Pamoyi. Le chef et le marabout le plus influent de Kassian, Modi Billo, né
vers 1860, et Tierno Abdoul, né vers 1860, et Tierno
Abdoul, né vers 1840, sont ses disciples.
A Douka-Nyogeyabhe, dans la province de la Kassa-Saala, Tierno Daara
mérite une mention spéciale. Né vers 1867, il a fait ses études à Dara-Labé, auprès de son oncle le Karamoko
fameux, Tierno Mamadou Dondé. Il se fit ensuite affilier au Tidianisme par Abdou Rahimi. C'est un marabout intelligent, assez instruit, exempt de tout
fanatisme. Il dirige une école coranique d'une dizaine d'élèves et aide au recensement de son canton.
A signaler encore à Tunturun, dans la province de Hoore-Dimma, Mamadou
Bhoye, né vers 1862, et Amadou Tunturun,
né vers 1865, de la famille Sansiliyanke (Ferobbhe), chefs des principaux groupements tidiania du canton, Karamoko de valeur, et disciples d'Abdou Rahimi.